La vieille amazone aigrie

Par Jack Sellaire

L'écriture et le jeu de société sont-elles deux passions incompatibles ? A vous de voir. J'accepte le challenge de les faire cohabiter via ce site hébergeant ce "double blog personnel".

26 novembre 2019

Je me souviens du jour où j’ai vendu mon premier exemplaire de Saphyra version numérique sur la plateforme Amazon. J’étais si fier. Je me souviens également du jour où ce même premier lecteur version numérique a déposé sa note et son commentaire. Là j’ai déchanté !

Allez, revenons sur une anecdote que je n’ai pas pris le temps de raconter sur mon ancien blog dédié à l’écriture:

Ce fait remonte à 3 ans. (C’est seulement maintenant – alors que je relis et corrige Saphyra – que j’ai le recul nécessaire pour y revenir.) J’étais euphorique d’avoir terminé l’écriture de ce premier roman, j’avais déjà reçu mon premier carton de 100 exemplaires depuis un moment et je m’étais attaqué à pondre une version numérique (je me souviens par ailleurs avoir galéré avec le format liseuse) pour Amazon et Kobo. J’étais bien entendu plein d’espoir, bien que niveau ‘attractivité’, mon bouquin était mauvais (cf mon article sur ma quête de la bonne approche). Les jours passaient, rien, pas une vente à l’horizon. Mon prix n’était pas plus élevé que les autres. Il n’était pas non plus ridiculement bas. C’était bien le seul aspect pour lequel j’avais suivi l’establishment.

Et puis, un beau jour, j’ai reçu une notification d’Amazon, mon bouquin s’est vendu. Quelqu’un avait bien voulu s’y intéresser au point de débourser quelques euros. J’étais ravi. Optimiste, cet achat représentait potentiellement le flocon qui allait engendrer un effet boule de neige. Et oui, j’étais très optimiste. À moins que ce fut de la naïveté ? Peut-être bien les deux. Les jours suivants, je n’enregistrais pas de nouvelle vente.

Plusieurs semaines plus tard, je visitais la fiche produit de Saphyra sur Amazon (pour une raison zappée de ma mémoire) et là stupeur, mon livre affichait une note moyenne de 1/5 (on ne peut pas plus bas). Sur le coup, je me rappelle avoir cru à un bug informatique, mais non, un acheteur ‘certifié’ avait bien noté mon livre. À ce moment, j’ai eu mal au ventre, je ne comprenais pas (surtout dans un contexte où la plupart des retours sur Saphyra version papier étaient positifs). La note était accompagné d’un commentaire dont je me souviens surtout du fond. Cette lectrice (car il s’agissait en fait d’une femme) relatait n’avoir lu que la première page : Elle n’était pas allée plus loin faute de qualité dans l’écriture, notamment, les problèmes de temps l’avait froissée. M’être fait jugé de manière aussi hâtive sur une unique page m’avait cassé en plus de me refourguer un amer sentiment d’injustice.

Sur la forme, son commentaire était caustique pour ne pas dire tranchant. C’est cette forme qui m’a fait relativiser. Je me disais que cette lectrice n’était peut-être pas aussi ouverte d’esprit que la moyenne. Bon, entre parenthèses, cela faisait quand même bien chier, car allez justifier à d’autres potentiels lecteurs que la note de 1/5 de moyenne est juste due à une vieille fille aigrie jalouse de n’avoir elle-même jamais réussi à écrire un ouvrage, que cette appréciation ne reflète absolument pas la qualité de votre ouvrage. C’est tout bonnement impossible.

Ne lâchant pas l’affaire, j’ai passé en revue les autres notes que la lectrice avait déposée et j’ai mieux saisit à qui j’avais eu à faire. Je n’étais pas le seul à m’être fait saquer. D’autres auteurs auto-édités en avaient pris pour leur grade. Son discours général réduisait l’auteur-auto édité à un auteur raté qui n’avait logiquement pas trouvé de maison d’édition faute de talent (ce qui est faux, j’ai déjà lu de mauvais auteurs publiés et de bons auteurs auto-publiés). Elle avait acheté plusieurs ouvrages pour leur laisser une chance de changer d’opinion, en vain. Bref, une véritable vieille aigrie. Qu’elle ait eue raison ou non sur ce coup, un ouvrage pour lequel un auteur a passé des mois et donné de sa personne ne mérite pas une telle note accompagné d’un commentaire virulent. Il est tout à fait légitime de ne pas apprécier une oeuvre artistique, il est en revanche obligatoire de faire preuve de respect. Ainsi, je ne dirai pas que le dernier tube d’un Maître Gims ou d’un Jul est une véritable merde en boîte, je dirai plutôt que… Je ne dirai rien en réalité. 😀 (Ah oui, ici, smiley obligatoire !)

Malgré tout, n’acceptant pas l’affront et suite à cette désillusion, j’ai retiré le livre d’Amazon (et de Kobo). Je partais sur le principe de le réviser.

Pour conclure, je reviens sur ce que je confiais en début d’article « c’est seulement maintenant que j’ai le recul pour y revenir » : Étant donné que je retravaille mon roman, je vois certaines choses que je ne voyais pas il y a 3 ans. J’en suis à 8 chapitres de corrigés sur les 31 que composent le roman. Je suis aujourd’hui convaincu d’un travail de relecture sérieux. Je n’y parvenais pas à l’époque, tout simplement car j’étais trop absorbé par le fond du récit. Maintenant que je redécouvre ce même récit (j’ai oublié un nombre de détails impressionnant, je me demande parfois si c’est moi qui ai écrit cela), je décèle les coquilles. Je dois l’avouer, ce fameux problème de temps, je le croise çà et là au fil de ma relecture (vous l’avez sans doute également croisé dans cet article :-D). Pas tant que cela, mais hélas la première page en abritait un joli: Alors finalement, je dois être beau joueur, cette vieille amazone aigrie avait un peu raison quand même.

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