Je suis prêt à parier que vous ne vous attendiez pas à lire une bafouille tactique sur un jeu d’apparence aussi triviale que le Perudo sur un blog à vocation stratégique. Allez, avouez ! Pourtant, ce jeu propose un challenge cérébral bien plus riche qu’il n’y paraît. Et d’où provient cette richesse ? Il ne faut pas la chercher dans les règles – aussi simples qu’efficaces – mais plutôt dans les joueurs composant la tablée. En effet, c’est surtout le mélange des personnalités peuplant la partie qui – combiné au hasard du tirage des dés – fait de chaque manche une situation tactiquement unique.

Le Perudo me fait penser au Poker tant la personnalité de chacun et l’historique des parties impactent le déroulement de la manche en cours. A mon sens, ces deux jeux sont très proches à une énorme exception près : Nous ne risquons pas de devenir interdit bancaire en jouant au Perudo. Là-dessus, avantage Perudo ! 🙂 Je pense d’ailleurs qu’un bon joueur de Poker est forcément un bon joueur de Perudo (mais pas forcément l’inverse car le Poker comporte justement cet aspect gestion financière complexe à aborder en sus. Mais nous ne sommes pas ici pour débattre du Poker).

Trève de blabla introductif, l’objet de ce texte est de vous partager mon expérience de joueur de Perudo sous forme de conseils tirés de mes propres analyses et anecdotes. Je vais tâcher de condenser tout cela, croyez-moi, ça ne va pas être de la tarte : J’y ai tellement joué et fait face à tellement d’adversaires.

L’aspect mathématique : Statistiques et probabilités

Sous ses allures exotiques (gobelets et dés colorés, présence du fameux Paco : Le toucan faisant office de mascotte, la charte graphique ‘ensoleillée’), le jeu n’est qu’un exercice froid de calcul de probabilités… Sauf que fort heureusement, l’aléatoire vient bouleverser tout cela et la statistique est très souvent bafouée (voire insultée :-D). Mais alors, faut-il véritablement se reposer sur les probabilités ? Il est l’heure que je vous donne ma réponse à la con : Çà dépend ! (quelle magnifique réponse à la con !) Je m’explique :

OUI, sur la base d’une partie toute fraîche, sans avoir la moindre connaissance du caractère bluffeur ou non de nos adversaires. Sur un grand nombre de dés en jeu. Lorsque nous adoptons une tactique conservatrice. Ou même dans le doute. En bref, lorsque nous ne savons pas grand chose de la partie dans laquelle nous évoluons, les statistiques représentent notre filet de sécurité. (C’est également le meilleur moyen de se justifier en cas de raté, cf cette réplique célèbre de ‘Mauvaise Foi Man’ : « J’ai joué comme un boss, c’est ton tirage de merde qui m’a foutu dedans ! »)

NON, pour les autres cas. Lorsque nous avons les infos pour mieux provoquer ou défendre.

Comment calculer les probabilités que l’annonce faite par son voisin de droite soit cohérente ? C’est assez simple. Il suffit de diviser le nombre de dés en jeux par 3 pour toute annonce sur une valeur standard car nous jouons à la fois sur la face de dé de cette même valeur standard ainsi que sur la face paco qui est considéré comme un joker. Soit 2 faces de dé sur 6. Soit un tiers, d’où la division par 3. Je prends un exemple : Mon voisin de droite annonce 8 dés d’une valeur standard dans une manche à 6 joueurs comptant encore 27 dés. Je divise 27 par 3, j’obtiens 9. Les probabilités que son annonce s’avère exacte sont plutôt bonnes. Dans ce cas de figure, j’ai souvent intérêt à enchérir.

A noter que le calcul des probabilités pour une annonce sur les pacos est différente car seule la face paco compte. Il faut donc diviser le nombre de dés en présence par 6 et non par 3 pour vérifier la cohérence de l’annonce.

C’est étrange à concevoir, mais nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne face à cet aspect : J’ai souvent remarqué que les débutants non-habitués aux jeux (quels qu’ils soient) étaient rarement réceptifs aux probabilités. Pour eux, surenchérir en réaction à l’annonce de 9 pacos sur 20 dés ne relève pas de l’inconscience. Et même après une grosse gamelle, ils persistent souvent, considérant qu’ils n’ont simplement pas eu de chance sur le coup. Ces mêmes débutants sont souvent les premiers éliminés (sauf succession de coups de chance).

L’impact psychologique des chiffres

Comme les prix à la con dans les supermarchés, du genre 99,99 € alors qu’ils pourraient mettre 100 €, c’est pareil. Sauf que non, ce n’est pas pareil, dans l’inconscient, cela à un impact. A ce sujet, j’ai deux éléments à vous donner que j’ai souvent vérifié :

Le paco, une valeur sûre

Un constat permanent : Une enchère au paco passe toujours plus facilement qu’une enchère à une valeur standard. Comme pour un ‘prix psychologique’ de supermarché évoqué juste au dessus. Une enchère à 5 pacos est plus crédible qu’une enchère à 10 dés d’une valeur standard. C’est idiot, primitif, trivial, tout ce que vous voulez, mais surtout logique. Un 10 impressionne plus qu’un 5, même si nous sommes ici sur une égalité parfaite en termes de probabilités. Pour cette raison, j’hésite rarement à surenchérir en pacos lorsque la configuration le permet.

Le pool de dés diminue trop vite

Une tendance souvent observée chez bon nombre de joueurs : Ils mettent un temps à capter que le nombre de dés en jeu diminue dès le début de partie (enfin, dès le deuxième coup) et continuent à enchérir sur les mêmes bases pendant un moment. Ils s’adaptent avec un temps de retard.

Un véritable jeu de profiler

C’est pour moi l’aspect le plus intéressant du jeu. Je pourrais écrire des pages entières rien que sur ce thème mais je vais tenter de rester raisonnable. Dressons la liste de ce que j’estime être les qualités du bon joueur de Perudo :

Savoir lire ses adversaires

Le bon joueur de Perudo est capable d’identifier la personnalité de chacun de ses adversaires très rapidement dans la partie. Parfois même avant car il est observateur et a déjà repéré de précieux indices en ce sens. La personnalité de chaque adversaire est – dans la grande majorité des cas – en corrélation avec son style de jeu. Quelqu’un de très extraverti tentera beaucoup plus facilement un bluff audacieux alors que la personne introvertie jouera de manière bien plus conservatrice.

Enregistrer un maximum de coups

Pour optimiser ses chances de contrer ses adversaires, le bon joueur est attentif à la façon dont ils misent. De plus, il n’oublie jamais de mémoriser les dés de chacun lors de la révélation des gobelets. En croisant ces deux éléments, le bon joueur gratte des infos capitales sur la propension de bluffer ou non de ses adversaires. Il va repérer le joueur qui surenchérit systématiquement en sur les Pacos même lorsqu’il n’en possède aucun. Il va remarquer que le joueur qui ouvre le tour d’enchère à tendance à démarrer sur une valeur de dés qu’il n’a pas. Il va remarquer qu’un autre joueur à tendance à parier plus rapidement lorsqu’il est confiant car détenant de nombreux dés de la valeur jouée.

Prendre le timing en compte

Car l’usage que les autres font du temps lorsque c’est à eux d’annoncer est un indicatif fiable. Et là il n’y a pas de règle universelle, certain mettent plus de temps avant de lancer un pari risqué, pour d’autres c’est tout le contraire. Il faut toujours un temps d’observation pour une lecture plus efficace. En revanche, je peux attester que la grande majorité des joueurs a un timing de surenchère différent selon les trois principaux cas de figures : Il s’estime en bluff / il s’estime serein / il est dans le doute.

Dépister les ‘tells’

Ce que je préfère ! Même si je ne suis pas mentaliste et que je peux parfois être totalement à côté de la plaque, mais c’est tellement marrant de se prendre pour un profiler. Qu’est ce qu’un tell ? C’est un geste, une attitude ou encore une posture qui va donner un indice sur l’état d’esprit de notre adversaire. Traduisez cela par du langage non-verbal que beaucoup ont du mal à camoufler (souvent car ils n’en ont même pas conscience). Cela fonctionne comme pour le timing et le bon joueur de Perudo en raffole. Personne n’y échappe, nous en laissons tous passer, le tout est de repérer ceux des autres.

Exemple, j’ai remarqué chez un de mes adversaires plus réguliers qu’il a tendance à baisser la tête lorsqu’il a un tirage qui le rend très confiant. Je ne donne pas de nom au cas où cet adversaire en question passe me lire ici (hi hi hi). Face à ce joueur, lorsqu’il baisse la tête de cette manière, je double de vigilance et adapte mon jeu.

Autre exemple, lors d’une partie dans laquelle je me suis retrouvé en face à face, à un dé chacun, soit 2 dés sur la table, j’étais dans le doute face à l’annonce de mon adversaire : Son enchère était ‘ Il y a au moins un 5’. Mon dé était un 4 et nous étions en manche palifico (pas de possibilité de monter la valeur du dé, les pacos ne comptent pas comme des joker). Il était bien trop risqué pour moi de surenchérir car s’il était en bluff, il remportait la parti. Mes deux seules options étaient le calza (annoncer qu’il y a tout pile un 5) ou le dudo (annoncer qu’il bluffe). Mon intuition première penchait vers le bluff de sa part car cela correspondait à son style de jeu mais je considèrais cet adversaire comme un joueur redoutable parfaitement capable de varier son jeu. J’ai alors pris le temps de la réflexion, j’ai même parlé un peu, posé 1 ou 2 questions, en attente d’un indice de sa part. Et là, bingo, il s’est mis à se gratter le nez avec un peu de nervosité. Je l’avais déjà observé faire ce geste, à chaque fois lors d’un moment où il n’était pas serein. J’ai donc annoncé un bluff de sa part, ce qu’il a confirmé en retournant un 2.

Attention tout de même, se méfier des joueurs débutants qui ont tendance à mal évaluer la valeur de leurs tirages et enchères. Parfois ils peuvent afficher des signes de confiance alors qu’ils n’ont pas de quoi l’être. De toute façon, jouer simplement sans prendre trop de risque suffit souvent à survivre le temps que ces débutants en question s’éliminent tous seuls comme des grands.

Travailler son image

Là c’est le cran au-dessus. La différence entre le bon joueur et le très bon joueur. Une fois qu’on sait lire ses adversaires, il faut prendre en compte l’idée qu’ils peuvent eux aussi nous lire. Et là, je n’ai pas meilleur conseil que de tenter de varier son jeu. Alors bien entendu, si notre jeu est gagnant sans le varier, il est évident qu’il faut continuer sur notre lancée. N’empêche qu’à une table peuplée uniquement de bons joueurs, on peut difficilement gagner sans varier son jeu. Et quand je parle de varier son jeu, ce n’est pas uniquement au niveau des annonces mais également au niveau de votre attitude. Vous savez, tout ce que je viens de dire à propos du timing, des tells, des dés que vous révélez en fin de coup. L’adversaire redoutable vous analyse autant que vous l’analysez. Alors dupez-le un maximum ! Si vous êtes conscient que vous prenez habituellement plus de temps lorsque vous êtes confiant sur une annonce, la prochaine fois, annoncez rapidement pour feinter le bluff. Il pourrait ne pas vous croire et y laisser un dé.

Pratique et technique

Et c’est sur cette ouverture que nous allons nous quitter. Ce jeu est plus technique qu’il n’y parait et j’avoue en apprendre encore dessus après des centaines de parties. Je me réserve un article consacré à cela pour plus tard. A suivre donc…

En attendant, pratiquez, prenez de l’expérience et entraînez-vous à profiler et à camoufler votre jeu.